Dans ce nouvel épisode de TechClash By GLG, je vous raconte comment une petite entreprise créée autour d’un système de stabilisation pour hélicoptère radiocommandé est passée de Shenzhen à Hollywood, puis s’est rapprochée de Hasselblad, la marque qui a immortalisé les premiers pas de l’Homme sur la Lune.
DJI : tout commence par un problème de stabilisation
L’histoire débute au milieu des années 2000 avec Frank Wang, alors étudiant à Hong Kong et passionné par les hélicoptères radiocommandés.
Ces machines sont difficiles à maintenir parfaitement stables. Frank Wang travaille donc sur des systèmes de contrôle de vol avant de fonder DJI en 2006.
L’entreprise s’installe ensuite à Shenzhen, ville que je connais particulièrement bien pour y avoir vécu plusieurs années. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de visiter les locaux de DJI dès 2015.
Et Shenzhen possède un avantage énorme pour une entreprise de ce type : fournisseurs électroniques, moteurs, composants et prototypage sont concentrés dans un même écosystème industriel. Une modification peut être conçue, produite puis testée extrêmement rapidement.
Le Phantom transforme le drone en véritable produit grand public
DJI comprend rapidement que le véritable potentiel ne réside pas simplement dans le fait de faire voler une machine.
Le véritable marché, c’est l’image.
En 2013, le premier Phantom marque un tournant. DJI propose un drone prêt à voler alors que le secteur est encore largement occupé par des passionnés qui doivent assembler et régler eux-mêmes leurs machines.
Le Phantom peut notamment recevoir une caméra GoPro.
À l’époque, l’association semble évidente : DJI maîtrise le vol et la stabilisation, GoPro domine la petite caméra d’action.
DJI et GoPro : le partenariat qui aurait pu changer l’histoire
Les deux entreprises discutent effectivement d’un partenariat.
Mais Frank Wang ne veut pas voir DJI devenir un simple fabricant de drones servant de support à une marque beaucoup plus connue.
Le rapprochement échoue.
DJI va alors prendre une décision essentielle : développer ses propres solutions d’imagerie.
Quelques années plus tard, l’histoire se retourne complètement lorsque GoPro tente à son tour d’entrer sur le marché du drone avec le Karma.
Le lancement est compliqué. Environ 2 500 appareils sont rappelés après des problèmes pouvant entraîner une perte d’alimentation en vol. Le Karma revient ensuite sur le marché, mais GoPro finira par abandonner cette activité.
DJI, lui, poursuit son ascension avec les Phantom, Inspire puis Mavic.
Du drone aux plateaux de cinéma
Le savoir-faire développé pour maintenir une caméra stable dans les airs peut également être utilisé au sol.
En 2014, DJI lance ainsi son premier Ronin, un stabilisateur motorisé destiné aux véritables caméras professionnelles.
Progressivement, DJI s’installe dans le monde du cinéma.
Des productions importantes comme Dune : Deuxième Partie, Killers of the Flower Moon ou encore Shogun ont utilisé des systèmes Ronin.
Avec le Ronin 4D, DJI va encore plus loin : caméra cinéma, stabilisation, autofocus LiDAR et transmission vidéo sont réunis dans un même système.
L’entreprise qui fabriquait autrefois des contrôleurs pour hélicoptères radiocommandés se retrouve désormais sur des productions hollywoodiennes.
DJI et Hasselblad : le lien inattendu avec la Lune
En 2015, DJI prend une participation stratégique dans Hasselblad et rejoint le conseil d’administration de la célèbre entreprise suédoise.
Et Hasselblad possède une histoire absolument mythique.
Ses appareils ont accompagné la NASA dans l’espace et ont notamment servi à documenter la mission Apollo 11 et les premiers pas de l’Homme sur la Lune en 1969.
DJI n’a donc évidemment jamais envoyé un drone sur la Lune.
Mais le symbole est assez incroyable : moins de dix ans après sa création, l’entreprise chinoise spécialisée dans les systèmes de vol s’associe à l’une des marques les plus célèbres de l’histoire de la photographie.
De Hollywood à la Lune, le raccourci prend soudain beaucoup plus de sens.
Osmo Action : DJI revient directement chercher GoPro
L’histoire avec GoPro ne s’arrête pas aux drones.
En 2019, DJI lance l’Osmo Action et entre directement sur le marché historique de GoPro.
Cette concurrence, j’ai pu l’observer directement dans mes propres tests puisque DJI m’a déjà proposé de confronter ses caméras aux modèles GoPro.
Autonomie, chauffe, stabilisation, ergonomie ou audio : la bataille se joue désormais fonction par fonction.
L’ironie est assez savoureuse : au début de l’histoire, les drones DJI transportaient des GoPro. Aujourd’hui, DJI construit directement les caméras qui les concurrencent.
Osmo Pocket, DJI Mic : DJI envahit le sac des créateurs
Mais DJI ne s’arrête pas aux action cams.
Avec l’Osmo Pocket, l’entreprise propose une petite caméra dotée d’un véritable gimbal mécanique intégré, particulièrement adaptée au voyage et au vlog.
C’est d’ailleurs une gamme que j’utilise énormément.
J’utilise également des caméras DJI très compactes ainsi que plusieurs générations de DJI Mic pour mes tournages.
Et c’est probablement ce qui résume le mieux la transformation de la marque : je n’ai personnellement aucun drone DJI, mais une partie importante de mon matériel d’image et de son vient aujourd’hui de chez DJI.
DJI n’est désormais plus seulement une marque de drones
La gamme actuelle de DJI dépasse largement le drone grand public.
On y trouve des stabilisateurs Ronin, des caméras cinéma, des action cams, des Pocket, des microphones, des systèmes de transmission vidéo, des drones professionnels, des solutions agricoles, des outils d’inspection, de cartographie et même des stations d’énergie DJI Power.
Le parcours est finalement assez logique.
DJI commence par résoudre un problème : stabiliser quelque chose qui vole.
Puis viennent d’autres questions : comment filmer ? Comment stabiliser au sol ? Comment transmettre l’image ? Comment enregistrer le son ? Comment alimenter tout le matériel ? Comment automatiser certains usages ?
En répondant progressivement à toutes ces questions, DJI est devenu beaucoup plus qu’un fabricant de drones.
Pourquoi les États-Unis s’intéressent-ils autant à DJI ?
C’est précisément cette importance technologique qui explique en partie pourquoi DJI se retrouve aujourd’hui au cœur d’un conflit beaucoup plus politique.
Les autorités américaines ont exprimé des inquiétudes concernant notamment la collecte de données, l’utilisation de drones autour d’infrastructures sensibles et les liens potentiels entre certaines entreprises technologiques chinoises et les intérêts stratégiques de Pékin.
DJI fait ainsi l’objet de plusieurs restrictions aux États-Unis et a été ajouté par le Pentagone à une liste d’entreprises chinoises considérées comme liées au secteur militaire.
DJI conteste cette qualification et affirme ne pas être une entreprise militaire.
Le dossier reste d’ailleurs juridiquement disputé : en 2026, une cour d’appel américaine a demandé qu’une partie de la décision concernant ce classement soit réexaminée.
Il faut donc éviter un raccourci trop facile : DJI n’a pas été « reconnu comme espion chinois ».
La situation mélange enjeux de sécurité nationale, concurrence technologique, commerce international et rivalité géopolitique entre les États-Unis et la Chine.
Peut-on réellement arrêter DJI en bloquant ses drones ?
C’est finalement le paradoxe le plus intéressant de cette histoire.
DJI a peut-être tellement bien réussi dans son domaine initial que l’entreprise est devenue stratégique.
Mais si les États-Unis parvenaient demain à fortement limiter la présence de ses nouveaux drones sur leur marché, est-ce que cela suffirait réellement à arrêter DJI ?
Ce n’est plus aussi évident.
DJI est aujourd’hui présent dans le cinéma, la création de contenu, l’audio, l’agriculture, l’industrie, la cartographie et l’énergie.
Le drone a créé DJI.
Mais le DJI de 2026 est déjà devenu beaucoup plus grand que le simple marché du drone.
Et vous, utilisez-vous déjà un produit DJI ? Un drone, une Osmo Pocket, une Action, un Ronin ou un DJI Mic ?
Retrouvez toute cette histoire dans le nouvel épisode de TechClash By GLG intégré en haut de cet article.
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